A l’appel des partis d’opposition, les manifestants sont à nouveau descendus dans les rues de Conakry, mardi 14 avril, pour réclamer le respect du calendrier électoral par le président Alpha Condé. Ils dénoncent également l’insécurité dont sont victimes les opposants au pouvoir après l’agression dont a été l’objet, leur porte-parole Aboubacar Sylla.

Des affrontements avec les forces de police et de gendarmerie se sont encore produits mardi sur la route « Le Prince », principal axe de Conakry qui relie de nombreux quartiers populaires réputés opposés au pouvoir en place. La veille, alors que la capitale guinéenne se trouvait paralysée par les manifestants, les heurts avec les forces de l’ordre avaient fait un mort et plusieurs blessés par balles. Des soldats ont également investi le siège d’un parti de l’opposition, l’Union des forces républicaines (UFR) dirigé par l’ancien premier ministre Sidya Touré qui a appelé à « continuer les manifestations ».

Jugées illégales, ces manifestations sont interdites par le gouvernement. « Ces marches sont un succès et démontrent que les habitants de Conakry sont prêts à se lever contre Alpha Condé et pour la démocratie », se réjouit Cellou Dalein Diallo, président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). Le candidat malheureux à la présidentielle de 2010 assume sa démarche radicale, quitte à enregistrer de nouvelles pertes parmi les jeunes manifestants. « Nous n’avons pas d’autres choix que de paralyser Conakry pour nous faire entendre. Tant que le pouvoir refuse le dialogue, nous manifesterons », avertit cet ancien premier ministre à la sortie d’un regroupement dans le quartier de Cosa dispersé par les forces de l’ordre en début d’après-midi.

Rétablir un rapport de force, par la rue, avec Alpha Condé

A la tête du parti d’opposition des Nouvelles forces démocratiques, Moktar Diallo pointe des « graves violations des droits de l’homme » par les forces de l’ordre. « La police tire à balle réelle, entre dans les maisons dans les quartiers populaires où naissent les manifestations, agresse et sème la terreur », explique-t-il. Ce que dément formellement le gouvernement qui tente vaille que vaille de gérer cette crise politique et sécuritaire. « Contrairement à ce qui est dit, la police n’a pas ordre de tirer sur la foule », nuance le ministre de la jeunesse Moustapha Naïté qui dénonce la manipulation des jeunes par l’opposition. « C’est totalement irresponsable d’inciter les jeunes à aller dans la rue sans en informer les autorités et sans leur garantir la sécurité », déplore-t-il.

Pour le moment, l’opposition se montre inflexible et déterminée à rétablir un rapport de force, par la rue, avec Alpha Condé qui briguera un second mandat lors de l’élection présidentielle prévue le 11 octobre 2015. Toutefois, cette élection pourrait être compromise. L’opposition, qui boycotte déjà les travaux de l’Assemblée nationale, exige en effet la tenue d’élections communales avant la présidentielle, arguant que les autorités locales en place sont illégales. « Tous sont nommés par le parti-Etat au pouvoir et ne sont donc ni élus ni légitimes », martèlent à l’unisson les leaders de l’opposition qui appellent à l’interruption du processus électoral, contestant également la Commission électorale nationale indépendante.

« Tout retard dans le processus électoral nous expose à un dépassement du mandat présidentiel, redoute le porte-parole du gouvernement, Damantang Albert Camara. Le mandat des maires est expiré, certes, mais ça n’a pas empêché la tenue des législatives en septembre 2013. Nous sommes disposés à les tenir à l’écart du processus électoral, et nous avons renouvelé notre appel au dialogue ». Ce que balaie l’opposition qui estime avoir exhorté le pouvoir au dialogue depuis plus d’une année. En vain.